Où Joseph d’Arimathie s’est-il procuré le linceul ?

Comment était ce linge ? Deuxième élément du décryptage de l’historien Jean-Christian Petitfils, tiré de son livre Jésus.

Quittant le Golgotha, Joseph va en ville acheter un long drap de lin de 8 coudées judéo-assyriennes de long (4,38 m) sur 2 de large (1,10 m), qui va servir de linceul, un linceul « propre » ou « sans tache », selon Matthieu, c’est-à-dire non seulement blanc, mais rituellement pur (1). Ce linceul de Turin — car c’est bien de lui qu’il s’agit — est un beau sergé à chevrons en arêtes de poisson, dit « trois en un » (le fil passe trois fois sous la trame pour un passage au-dessus), qui a dû coûter une petite fortune. Mais il présente des irrégularités, et le lin a été roui (c’est-à-dire blanchi) après tissage, contrairement aux tissus médiévaux.

Les fils de lin sont tordus en Z, signe également d’une facture primitive. Il a été tissé, à en croire les experts internationaux Gabriel Vial et Mechthild Flury-Lemberg, surun métier à quatre harnais manœuvré par des ficelles et des pédales, ainsi qu’il en existait au 1er siècle en Syrie ou en Palestine, à Tyr, Sidon, Damas ou Palmyre (2). Le fait qu’on n’ait trouvé, mêlée aux fils de lin, aucune trace de laine, alors qu’on a repéré quelques fils de coton originaires du Proche-Orient (Gossypium herbaceum), militerait plutôt pour une origine palestinienne, car les juifs interdisaient de mélanger dans leurs métiers fibres végétales et animales (3).

Selon l’historienne italienne Maria-Luisa Rigato, la torsion exceptionnelle en Z des fils et la qualité remarquable du drap laissent penser qu’il s’agirait du sadin shel buz, le linge liturgique dont parlent l’Exode et le Lévitique, qui enveloppait le grand prêtre le jour de l’Expiation (Kippour). Au lieu de l’acheter en ville, où les magasins étaient sans doute fermés pour la fête, Joseph d’Arimatie se le serait procuré dans les magasins du Temple. Cette démarche, qui n’a rien de banal, signifierait son désir de réserver au défunt les plus grands honneurs, dans les limites prescrites par la Loi (4). Si cette hypothèse est exacte, cela rejoint évidemment, sur le plan symbolique, le sens expiatoire que Jésus lui-même a voulu donner à sa mort.

 


Notes

(1) Matthieu, 27, 59. Il existe aujourd’hui un étalon de ce type, la baguette Anouti, conservée au musée Petrie de Londres Ian Dickinson, « De nouvelles preuves pour le Suaire de Jésus », Revue internationale du linceul de Turin, n° 13, 1999, p. 3-11). La longueur du futur linceul de Turin n’a pas été affectée par le prélèvement latéral que fit opérer un empereur byzantin, probablement Ange Isaac au XIe siècle, pour s’en faire un scapulaire. À noter que les chiffres donnés par cette baguette correspondent à quelques millimètres près aux nouvelles dimensions du linceul, mesurées après les travaux de restauration de 2002.

(2) Une spécialiste anglaise des textiles, Elisabeth Crowfoot, estime également que le tissu est d’origine syrienne.

(3) À noter cependant quelques infimes traces de fibres animales, repérées au microscope électronique par Gérard Lucotte (Vérités sur le Saint Suaire, Études scientifiques récentes sur le linceul de Turin, Anet, Atelier Fol’fer, 2010, p. 45-46).

(4) Maria-Luisa Rigato, Il titolo della Croce di Gesù, Confronto tra i Vangeli e la Travoletta-reliquia della Basilica Eleniana a Roma, Rome, Pontificia università gregoriana, Coll. “Tesi gregoriana”, 2005, p. 198-213.

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