Quels sont les préparatifs à l’ensevelissement du Christ ?

La descente de croix, par Rubens.

Que nous apprennent à ce sujet  les linceuls d’Oviedo et de Turin ? Est-il exact qu’on y a retrouvé des traces d’aloès et de myrrhe ? Quatrième élément du décryptage de l’historien Jean-Christian Petitfils, tiré de son livre Jésus.

Quand Joseph d’Arimathie revient, il est 17 heures, environ. Cela fait une heure au moins que le sudarium est resté sur le visage de Jésus. La rigidité cadavérique a gagné la nuque et les membres inférieurs. Elle avait probablement commencé du vivant du supplicié.

Sur le linceul de Turin, on constatera que les jambes sont restées en position semi-fléchie, telles qu’elles étaient sur la croix. La jambe gauche donne ainsi l’impression d’être plus courte que l’autre : c’est cette particularité, observée sur le linge lors de son arrivée à Constantinople en 944, qui explique la présence à partir du XIe siècle sur les croix byzantines d’une petite planchette oblique, le suppedaneum. On a cru que Jésus était boiteux ! Certaines icônes de la Vierge représentent même l’enfant avec un pied normal et un autre tordu et plus court…

Désencordé et décloué par les soldats romains équipés de fortes tenailles, le corps bascule, tire un moment sur le bras droit encore fixé au bois. Il est allongé, le visage toujours masqué, couché sur le côté droit, le front appuyé sur une surface dure. La tête raidie, penchée vers le sol, présente un angle de 115e par rapport à la verticale. C’est alors que se forme la seconde tache sur le sudarium (- suaire d’Oviedo -) produite par un nouvel écoulement nasal de sang et de liquide pleural. C’est la veine cave inférieure qui cette fois se vide sous l’effet de la pesanteur. Le sang du premier écoulement a eu le temps de sécher.

La Pietà de Michel-Ange

Marie et les saintes femmes se sont-elles approchées ? La fameuse scène de la pietà, qui a tant inspiré les peintres, où Marie, submergée de douleur, tient dans ses bras le corps mort de son fils, est peu vraisemblable. La mort en effet est taboue en Israël. Les juifs se gardent de toucher un cadavre, surtout en cette veille de la Pâque. De plus, le corps de Jésus est totalement rigide. Les femmes ont dû se contenter de
regarder agir Joseph d’Arimathie et ses serviteurs. À ce moment-là, la mère de Jésus a peut-être déjà quitté
les lieux, emmenée par Jean dans sa demeure de Jérusalem.

Le mort reste une heure environ dans cette position (le sang du second écoulement sèche à son tour). On retire l’épingle du sudarium. On rabat la moitié du linge sur l’autre, qui couvre toujours le visage. On met le corps sur le dos et, par une traction assez forte sur les bras, on les rabat sur le pubis. Un troisième écoulement a lieu à cet instant. Au microscope, les chercheurs découvriront sur le suaire d’Oviedo les marques des doigts de celui qui a pincé le linge sur le nez pour l’empêcher de saigner…

Les aromates

 Nicodème s’est probablement concerté avec son collègue Joseph. Il n’a pas assisté à la Passion. Il a apporté «un mélange de myrrhe et d’aloës d’environ cent livres ». Ce dernier mot. en grec litra à fait admettre à certains un contresens : cent livres d’aromates, cela représente 32,545 kg, une quantité considérable, extravagante, totalement hors de proportion avec ce qui est nécessaire pour un enterrement ordinaire. Ils en ont conclu que l’évangéliste Jean affabulait et voulait signifier symboliquement que Jésus avait eu une sépulture digne d’un roi ! En réalité, litra (ou livre romaine) n’est pas seulement une unité de poids, mais aussi une unité monétaire. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre ce texte : Joseph d’Arimathie acheta pour cent livres de myrrhe et d’aloès, ce qui représentait du reste un coût assez élevé.

Marie et Jésus, dans le film La Passion du Christ de Mel Gibson.

La myrrhe (smyrna) est une gomme-résine, obtenue par l’entaille d’un arbuste de la famille des térébinthhacées, Commiphora abyssinica, qui pousse dans le sud de l’Arabie et le nord de la Somalie. Elle prend ne couleur rouge en se solidifiant et est recherchée pour son parfum (ce fut, selon l’évangéliste Matthieu, l’un des présents des Mages à l’Enfant Jésus). Dans les inhumations, on l’utilise comme antiseptique. Jean, dans son évangile, distingue soigneusement la myrrhe (myron), huile pat fumée ayant servi à Marie de Béthanie lors de la scène de l’onction, et cette myrrhe (smyrna), utilisée dans le tombeau sous forme de poudre sèche. L’aloès médicinal — Aloe vera (L) Burm f. — est une plante grasse qui pousse en Arabie du Sud-Ouest, dont le suc déshydraté de couleur jaune est connu pour ses propriétés pharmacologiques. Au Proche-Orient, les cadavres se décomposent rapidement. Le mélange de myrrhe et d’aloès est une préparation d’herboristeries sous forme de poudre sèche ou de petits morceaux, qui permet de masquer les odeurs, de ralentir le process de putréfaction et d’empêcher les insectes de s’attaquer trop vite à la dépouille. C’est probablement ce mélange qui fut répandu sur les murs du caveau et brûlé dans de petites lampes afin de purifier l’air (1).

Des traces d’aloès et de myrrhe sur le linceul ?

Arbre à myrrhe

Les professeurs Pierluigi Baima Bollone et Eugenia Nitowski identifieront des traces d’aloès et de myrrhe sur le linceul, notamment dans les zones tachées de sang. Deux autres scientifiques, Sebastiano Rodante, médecin de Syracuse, et Gaetano Intrigillo, confirmeront cette découverte, démontrant que les grandes auréoles dentelées, bilatérales et symétriques, formées par l’eau jetée sur le linge lors de l’incendie de Chambéry en 1532, n’ont pu présenter cet aspect que parce que celui-ci avait été imbibé de myrrhe et d’aloës.

Giovanni Riggi trouvera également trace de natron, carbonate hydraté de soude, utilisé dans l’Antiquité, notamment sur les tissus funéraires égyptiens, pour la déshydratation des cadavres (2). Cette poudre se serait donc ajoutée à l’aloès et à la myrrhe de Nicodème. Quelques pistaches séchées (Pistacia palaestina), visibles sur le linceul, ont aussi servi d’aromates.

Les serviteurs de Joseph d’Arimathie ont ouvert le tombeau, à une quarantaine de mètres de là. Quarante-cinq minutes encore se sont passées. Le corps est porté par deux ou trois serviteurs. Sur les pieds très ensanglantés de l’homme du linceul, on remarque les empreintes des mains d’un porteur. Leur position fait
penser qu’il marchait le premier. Une dernière tache de sang et de liquide pleural se forme sur le sudarium. Le long du dos coule comme une ceinture sanglante et irrégulière.


Notes

(1)  Emanuela Marinelli, Suaire de Turin, témoignage d’une présence, dernières avancées scientifiques, Paris, Téqui, 2010, p. 117-118.

(2) Giovanni RIGGI, Rapporto Sindone, 1978-1982, p. 208, cité par Orazio Petrosillo et Emanuela Marinelli, Le Suaire, une énigme à l’épreuve de la science, Paris, Fayard, 1991, p. 361.

 

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