L’hypothèse d’un faux est-elle à exclure ?

Bonus de l’historien Jean-Christian Petitfils tiré de son livre Jésus : en annexes, se trouve tout un chapitre intitulé Les reliques de la Passion. Il y est largement question du linceul de Turin. Après les recherches scientifiques et la question de l’analyse au carbone 14, voici une sous-partie intitulée par l’auteur L’impossibilité d’un faux.

Depuis le test du Carbone 14 de 1989, les connaissances sur le linceul de Turin ont considérablement progressé et de nouvelles preuves d’authenticité ont été apportées. Certaines nous ramènent au-delà de la période 1260-1390. En 1150, par exemple, un groupe de seigneurs hongrois s’était rendu à Constantinople en délégation diplomatique afin de préparer le mariage d’une des filles de l’empereur Manuel Ier Comnène avec le prince héréditaire Bela.

À cette occasion, l’empereur leur avait montré sa plus précieuse relique, le linceul. L’un des visiteurs, miniaturiste, reproduisit en plusieurs dessins ce qu’il avait vu sur la double longueur du linge sacré : le corps nu du Christ, avec barbe et cheveux longs, l’emplacement exact du clou au poignet droit, les mains croisées, la droite par-dessus la gauche, l’absence du pouce (rabattu à l’intérieur de la paume en raison de la lésion du nerf médian), autant de détails — en tout une douzaine —, qui se lisent à la perfection sur le linceul, dont il représenta jusqu’au tissage en chevrons si caractéristique. Il détailla même les quatre petits points de brûlure en équerre, causés probablement par des grains d’encens enflammés, qui sont bien antérieurs aux traces laissées par l’incendie de Chambéry de 1532. Ces miniatures, conservées à la Bibliothèque nationale de Budapest, sont insérées dans le Codex de Pray (du nom du jésuite anglais qui le découvrit au XVIIIe siècle), datant de 1190 ou 1195. Comme le linceul a toujours été soigneusement conservé à Constantinople, on peut en déduire que c’est le même que celui qui est arrivé le 15 août 944 (1).

Photographie du linceul de Turin (par Enrié) : une image en négatif peut difficilement être l’œuvre d’un faussaire du Moyen-Age…

Une autre découverte confirme que le linge est bien antérieur à 1260 et d’origine proche-orientale. En 1999, un professeur de botanique à l’université de Jérusalem, Avinoam Danin, trouva sur le linceul despollens d’une plante de la mer Morte disparue depuis le VIIIe siècle. Sa communication fut produite au Congrès international de botanique tenu à New York cette année-là. Dans son enquête menée dans le courant des années 1970, à l’aide d’un microscope optique, un criminologue célèbre, le professeur suisse Max Frei, expert au tribunal de Zurich, avait reconnu sur le linceul treize espèces de plantes ne poussant que dans les déserts salés ou sableux de la mer Morte et du Néguev. Il avait également reconnu des pollens de plantes qui fleurissent en avril à Jérusalem, comme Hyoscyamus aureus et Onosma orientalis.

Ces premières recherches furent confirmées par d’autres botanistes : Jacques-Louis de Beaulieu, du laboratoire de botanique historique et de palynologie de l’université de Marseille, Paul C. Maloney, archéologue américain, et plus récemment par Avinoam Danin et le docteur Uri Baruch, spécialiste de la flore à l’Israel Antiquities Authority (2). La présence à la fois de Gundelia tournefortii et de Zygophyllum dumosum, l’une poussant sur les côtes nord de la Méditerranée, en Turquie et Syrie, l’autre dans le désert du Sinaï jusqu’aux alentours de la mer Morte, permit aux chercheurs de localiser l’origine du linceul à Jérusalem et de fixer la saison de son utilisation à la fin de l’hiver ou au début du printemps (3).

Paul Maloney a d’ailleurs identifié des pollens de Cistus creticus L., un petit arbuste n’existant qu’aux alentours de la Ville sainte. S’il est vrai que les pollens peuvent parfois, suivant l’orientation des vents, parcourir des centaines de kilomètres, aucun de ces vents n’est susceptible d’apporter en Occident des pollens du Proche-Orient. Or, le nombre des espèces palestiniennes dépasse largement celui des espèces européennes.

Dans les ruines imposantes de la forteresse de Massada, la citadelle des juifs irréductibles, anéantie en 74 par les Romains, on a retrouvé une pièce d’étoffe de lin dont la texture correspond exactement à celle du linceul, au point que le professeur Pierluigi Baima Bollone, de l’Institut de médecine légale de Turin, a pensé qu’il provenait du même atelier de tissage.

Parmi les autres tissus de Massada, Mechthild Flury-Lemberg, conservatrice du musée des Tissus de Lausanne et spécialiste mondialement reconnue des tissus anciens (4), a remarqué que leur couture était du même type que celle de la bande latérale de 7 à 8 cm de large découpée le long du linceul pour servir peut-être à enrouler le corps, puis recousue peu après. Or, aucune autre couture semblable, plate d’un côté et renflée de l’autre, n’a été trouvée ailleurs, ce qui la date du Ier siècle.

Revisitant les travaux sur l’iconographie du professeur Vignon, un Américain, Robert M. Haralick, de l’Institut polytechnique de Virginie, démontra, à l’aide d’un procédé perfectionné, que les contours du visage de l’homme du linceul se superposaient à ceux du Christ figurant sur les monnaies byzantines des VIe et IXe siècles. Alan D. Whanger, professeur au Duke University Medical Center de Durham (Caroline du Nord), avec sa technique de lumière polarisée (PIOT : Polarized Image Overlay Technique), a repéré cent quarante-cinq points de superposition avec ces représentations de Christ Pantocrator («tout-puissant »), et deux cent cinquante avec l’icône du monastère Sainte-Catherine-du-Sinaï. Le critère judiciaire américain se contente de soixante points pour établir l’identité ou la similitude de deux images… (5)

Ces investigations scientifiques ont mobilisé des dizaines de savants du monde entier, de toutes croyances, de toutes religions, chrétiens, juifs, agnostiques ou athées. Elles convergent vers la conclusion que le linceul de Turin est l’authentique linge funéraire d’un juif crucifié du “siècle, flagellé à la romaine, couronné d’épines, enseveli dans une étoffe coûteuse. On pourrait citer quantité de noms, appartenant à des laboratoires ou des universités prestigieuses, physiciens, biochimistes, biologistes, anatomistes, médecins légistes, hématologues, traumatologues, botanistes, minéralogistes, criminologistes, historiens, archéologues… Il est impossible d’admettre qu’un faussaire médiéval, même au moyen du cadavre d’un crucifié, ait créé une image monochrome inversée, porteuse de données numériques encodées. Il n’y a plus guère que les ultra-rationalistes du Cercle zététique, complaisamment accueillis par la revue Science et vie, pour tenter de nous faire croire sans réplique possible que le linceul est une peinture du XIVe siècle et quelques fanfarons au scepticisme agressif pour prétendre que c’est là, à n’en pas douter, l’œuvre de Léonard de Vinci (6) !

Il est vrai que cette pièce historique unique, encombrante, dérangeante en raison des données stupéfiantes qu’elle contient, a toujours déchaîné des réactions irrationnelles. En avril 1902, un agnostique, Yves Delage, professeur d’anatomie comparée, fut moqué, insulté et ostracisé par ses pairs académiciens pour avoir présenté à l’Académie des sciences — crime impardonnable — une communication favorable à sonauthenticité : la communication fut censurée par le secrétaire perpétuel, Marcelin Berthelot, athée militant, qui ne croyait ni en Jésus-Christ… ni en l’exis-tence des atomes ! « Si, au lieu du Christ, il s’était agi d’une personne comme Sargon, Achille ou l’un des pharaons, répliqua Yves Delage, personne n’aurait songé à protester […]. Je ne fais pas œuvre cléricale parce que cléricalisme et anticléricalisme n’ont rien à voir dans cette affaire. Je considère le Christ comme un personnage historique et je ne vois pas pourquoi on se scandaliserait qu’il existe une trace matérielle de son existence. » (7).

Le linceul lui-même suscita la violence. En avril 1997, il s’en est fallu de peu — l’intervention d’un jeune pompier courageux et modeste, Mario Trematore, guidé, dira-t-il, par une voix intérieure — qu’il disparût à jamais dans les flammes d’un incendie criminel dans la chapelle Guarani de la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Turin, où il était conservé. Une tentative du même genre s’était produite en 1972, une autre en 1990.

L’Église, bien entendu, ne sacralisera jamais cette relique, si vénérable, si authentique soit-elle. Ce n’est pas matière de foi (dont le seul objet est la Révélation de la parole de Dieu). « Elle n’est pas le Christ, mais conduit au Christ », disait en 2010 le cardinal-custode … de Turin, Severino Poletto. Mais, du point de vue scientifique, le linceul présente désormais toutes les garanties désirables et le niveau d’exigence requis. Non seulement c’est un vestige archéologique exceptionnel, d’une valeur inestimable, au réalisme évangélique saisissant — on a parlé à son propos de cinquième évangile —, mais il complète de façon surprenante les écrits apostoliques, nous faisant pénétrer plus concrètement dans les diverses particularités de la Passion. L’historien ne saurait par conséquent en négliger les données.

A suivre…

Pour aller plus loin :

 


Notes

(1) Professeur Jérôme Lejeune, « Étude topologique des suaires de Turin, de Lier et de Pray », Actes du Symposium de Rome sur l’identification scientifique de l’homme du linceul, CIELT, 1993, p. 103-109.

(2) Dominique Daguet, Le Linceul de Jésus de Nazareth, cinquième évangile ?, p. 184.

(3) A. Danin, A.D. Whanger, U. Baruch, M. Whanger, Flora of the Shroud of Turin, Missouri Botanical Garden Press, Saint Louis, Missouri, 1990, p. 37, 41.

(4) Elle a supervisé les travaux de restauration du linceul en 2002.

(5) Orazio Petrosillo et Emanuela Marinelli, Le Suaire, une énigme à l’épreuve de la science, p. 340.

(6) Paul-Éric Blanrue, Miracle ou imposture ? L’histoire interdite du « suaire » de Turin, Villeurbanne, Golias, 1999 : du même, Le Secret du suaire. Autopsie d’une imposture, Paris, Pygmalion, 2006 ; « La science aveuglée par la passion », Science et vie, n° 1054, juillet 2005.

(7) Lettre à la Revue scientifique, 31 mai 1902.

 

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