Le linceul de Turin est-il une simple relique de la Passion du Christ ?

Bonus de l’historien Jean-Christian Petitfils tiré de son livre Jésus : en annexes, se trouve tout un chapitre intitulé Les reliques de la Passion. Il y est largement question du linceul de Turin : est-il une simple relique ?

À côté des textes bibliques et extrabibliques, l’historien ne saurait oublier l’apport des grandes reliques de la chrétienté, un domaine souvent ignoré, voire méprisé par l’exégèse classique (1). Les reliques, on le sait, ont fait l’objet d’une dévotion intense au Moyen-Âge, époque où le merveilleux se mêlait à la vraie foi.

Elles ont donné lieu à des cultes florissants, alimentant l’engouement et la ferveur débordante du petit peuple cthrétien, sans beaucoup de discernement. Aussi en a-t-on compté une immense quantité, à l’origine d’infatiguables et de lucratifs trafics. N’a-t-on pas vu des fragments de la robe de La Vierge, des cheveux, une ampoule contenant de son lait, des poils de la barbe de Maint Pierre, une dent de saint Jean Baptiste, plusieurs prépuces du Christ ? Combien de morceaux de la vraie Croix, de clous de la Passion de par le monde ? On pensait que ces objets, par leur présence matérielle, facilitaient la prière et la méditation des pèlerins.

Notons qu’il n’y avait pas toujours volonté de tromper. Il suffisait de faire toucher la copie d’un linge par l’original, ou d’incorporer un peu de limaille extraite d’un clou de la Passion, présumé authentique, pour en fabriquer un autre, qui devenait à son tour source de miracles et de profits ! Les vertus de ces « reliques de contact » se multipliaient à l’infini. L’empereur Constantin, par exemple, fit insérer dans son armure un petit morceau d’un des clous de la croix, de même que Théodelinde, reine des Lombards, dans sa couronne de fer, conservée à Monza.

Le visage du suaire, reconstitué par la Nasa.

La science a été fatale à la plupart de ces reliques. L’exemple le plus célèbre est le suaire de Cadouin, dans le sud du Périgord : on croyait qu’il avait enveloppé le corps du Christ au soir du vendredi saint : il s’est révélé être un étendard mahométan de la fin du XI siècle, d’origine fatimide, portant des inscriptions en écriture coufique chantant la gloire de l’émir El Moustali. Cela dit, certaines reliques — un petit nombre —, après d’impressionnants travaux de recherches, s’avèrent, selon toute vraisemblance, parfaitement authentiques. Il en est ainsi des trois grandes reliques de la Passion du Christ, le linceul de Turin (Italie), le suaire d’Oviedo (Espagne) et la tunique d’Argenteuil (France).

Le linceul de Turin, improprement appelé Saint Suaire, est la plus insigne des reliques de la chrétienté. C’est une pièce de lin de grand prix, un sergé à chevrons. Son authentification a donné lieu ces dernières années à des discussions passionnées. Ce linceul, vénéré depuis le Moyen Âge, a-t-il été le « témoin silencieux » de la sépulture et de la résurrection de Jésus ? Beaucoup, aujourd’hui, n’en doutent plus. « Un témoin muet, dira Jean-Paul II, mais en même temps étonnamment éloquent »

De prime abord, il paraît à peine concevable que l’on ait pu conserver un tel linge sépulcral. Pourtant, qu’une pièce de drap datant du Ier siècle ait survécu jusqu’à nos jours sans grande dégradation n’a rien en soi d’exceptionnel. Certaines, de texture semblable, ont été retrouvées dans les cendres de Pompéi. Des voiles funéraires plus anciens ont échappé aux outrages du temps. Découverts dans des tombes, des tissus égyptiens, conservés au Louvre, datent de trente ou trente-cinq siècles.

 


Note

(1) A.-M. Dubarle, « Pourquoi les biblistes négligent-ils le linceul de Turin ? », Sindon, n° 25, Turin, avril 1977, p. 17-29.

 

 

 

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